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jeudi 3 décembre 2015

92% des cours d'eau surveillés en France sont pollués avec des pesticides

Source : planete.info (Christophe Magdelaine, 28/12/2015)


Logique implacable, conséquence du soutien massif de l'Etat et de l'Europe à l'agriculture conventionnelle destructrice des milieux, de la biodiversité et de notre santé : pratiquement toutes les rivières françaises sont contaminées par des pesticides. Tel est l'amer constat établi déjà depuis plusieurs années par le Ministère de l'Environnement alors que la situation ne semble pas s'améliorer.

"Des pesticides sont présents dans la quasi-totalité des cours d'eau français. En 2013, 92 % des points de surveillance font état de la présence d'une au moins de ces substances, les rares bassins exempts de pesticides se concentrant dans les zones montagneuses ou dans les zones dont l'agriculture est peu intensive," indique le récent rapport du Commissariat au Développement Durable.

La surveillance de la qualité de nos eaux est établie grâce à 2 950 points de contrôle répartis sur l'ensemble du territoire français. Au total, plus de 400 substances actives ont été retrouvées au moins une fois en 2013 sur les 670 recherchées. Toutes ne sont pas présentes partout, néanmoins, les points touchés font état d'une grande variété de substances : plus de 10 pesticides différents ont été retrouvés dans près de 60 % des cas.

La présence de pesticides est corrélée à l'agriculture intensive


La répartition géographique des cours d'eau les plus pollués ne laissent aucun doute : seuls les points situés dans les régions à agriculture peu intensive ou à proximité des zones de relief, dans le quart sud-est de la France métropolitaine à proximité des Alpes, en bordure du Massif central, massifs vosgiens et jurassiens et dans les départements d'outre-mer (DOM), à l'exception des Antilles, sont exempts de pesticides.

Les bassins hydrographiques les plus touchés correspondent aux zones de grande culture, de type céréales et assimilées, comme la Beauce, le Bassin parisien, le Nord-Pas-de-Calais et le centre de la région Midi-Pyrénées. Sont aussi concernés les secteurs viticoles, à l'image du pourtour méditerranéen, ou encore les territoires à filières spécifiques, comme en Martinique, qui subit une pollution historique au chlordécone employé dans les bananeraies, insecticide pourtant interdit d'usage depuis 20 ans.
Heureusement, les trois quarts des petits bassins hydrographiques surveillés présentent des teneurs moyennes en pesticides dans les cours d'eau faibles à modérées (moins de 0,5 microgramme par litre (μg/l). Cependant, de plus en plus d'études montrent que ce n'est pas forcément la "dose qui fait le poison", cela peut même être l'inverse, sans oublier les effets "cocktails" lorsque les pesticides se mélangent...

Quels sont les pesticides les plus présents ?

Les pesticides les plus fréquemment rencontrés sont majoritairement des herbicides en France métropolitaine : ils "cumulent à eux seuls plus de 80 % des détections alors qu'ils ne représentent que 44 % des analyses menées au départ. Les insecticides, plutôt bien recherchés également, sont moins détectés en proportion : 34 % des analyses et à peine 6 % des détections. Quant aux fongicides, s'ils ne représentent que 19 % des analyses, ils sont responsables de 10 % des détections."
Dans les DOM, ce sont surtout les insecticides qui sont détectés, suivis par les herbicides puis les fongicides.

Les 15 pesticides les plus détectés

Les 15 pesticides les plus détectés en 2013 sont quasi exclusivement des herbicides avec, en tête de liste, le glyphosate.
  • AMPA, principal produit de dégradation du glyphosate
  • Glyphosate, l'herbicide le plus vendu en France pour les usages usages agricoles et non agricoles.
  • Atrazine déséthyl, produit de dégradation de l'atrazine
  • 2-hydroxy atrazine, herbicide interdit depuis 10 ans
  • Métolachlore (herbicide)
  • S-Metolachlore (herbicide)
  • DEDIA (herbicide)
  • Boscalid (fongicide)
  • Chlortoluron (herbicide)
  • Isoproturon (herbicide)
  • Atrazine (herbicide)
  • Bentazone (herbicide)
  • Métazachlore (herbicide)
  • Diuron (herbicide)
  • Imidaclopride, un insecticide qui fait partie de la famille controversée des néonicotinoïdes, "des insecticides de type neuro-toxiques, caractérisés par une forte toxicité pour les insectes, un spectre d'action large et une forte persistance dans les différents compartiments de l'environnement (air, eau, sols)". Ce pesticide est de plus en plus détecté dans les cours d'eau et a fait son apparition dans le top 15 depuis 2013.
Ce qui en dit long sur la contamination des milieux par les pesticides c'est qu'un tiers de ceux qui font partie de cette liste sont "d'ores et déjà interdits d'usage ou proviennent d'une substance interdite" précise le rapport...

"Les dernières données sur la présence des pesticides dans les cours d'eau montrent qu'il est urgent de modifier les systèmes de culture et de véritablement réduire l'usage des pesticides dans le cadre du plan Ecophyto 2, sinon la qualité des milieux et des ressources servant à produire de l'eau de boisson continuera de se dégrader" a déclaré François Veillerette, porte parole de l'association Générations Futures.

Le cas du glyphosate

Le glyphosate est le principe actif de plusieurs herbicides (dont le Roundup de Monsanto, mais depuis 2000, année de fin du brevet sur cette molécule, de nombreuses autres entreprises commercialisent des herbicides à base de glyphosate). Cette substance active est très controversée : le RoundUp a été classé comme cancérigène probable par le CIRC. Dans le monde, le RoundUp est vendu en complément de plantes génétiquement modifiées (PGM), élaborées pour lui être résistantes. Ainsi, en théorie, les cultures OGM couplées au RoundUP sont capables de s'affranchir de toutes adventices (ou "mauvaises herbes"), la réalité est toute autre. Les Etats-Unis et le Canada sont confrontés à une contamination sans précédent du colza transgénique. Celui-ci envahit rapidement les champs voisins, les bords des chemins et routes. Lorsqu'il est transgénique, il devient quasiment impossible à contrôler puisqu'il est destiné à être résistant aux herbicides. Pire, le colza transgénique a pu se croiser, mutualisant les gènes de résistance à plusieurs herbicides. Il existe ainsi un colza résistant au glyphosate et au glufosinate, deux herbicides très communs.

Si en France la culture d'OGM pour la consommation, reste interdite, le glyphosate est l'herbicide le plus vendu pour les usages usages agricoles et non agricoles. Et loin des idées reçues sur la question, est de plus en plus souvent détecté dans les cours d'eau depuis 2011.

"Dans l'Union européenne, les pesticides sont autorisés pour une période de dix ans. Ce délai, pour le glyphosate, devait expirer en 2012, mais cette molécule reste autorisée le temps de « négocier » son renouvellement pour les dix prochaines années. Si l'ensemble des comités d'experts soulignent des impacts avec le glyphosate sous sa forme commerciale, ils publient cependant des avis divergents sur la molécule de glyphosate elle-même. La décision de renouvellement – ou non - d'autorisation de cette dernière aura bien sûr des conséquences aussi sur les dossiers des plantes génétiquement modifiées (PGM), la majorité d'entre elles ayant été modifiées pour « tolérer » le Roundup." indique Eric Meunier de l'association Inf'OGM.

En savoir plus :

samedi 8 mars 2014

Gestion Publique de l'eau : le Conseil Général des Landes remporte la victoire !

Selon la cour administrative d’appel, le Conseil général « défend l’usager » en subventionnant les communes qui optent pour une gestion publique de l’eau.
Une victoire pour Henri Emmanuelli.
Le vent est en train de tourner dans les Landes. Après plus de vingt ans de guérilla juridique, le Conseil général, sous la houlette de son président, Henri Emmanuelli, vient sans doute de remporter la dernière manche. Dans un arrêt rendu le 3 mars, la cour administrative d'appel de Bordeaux a validé la stratégie développée par la collectivité. Au grand dam des opérateurs privés, le Département aide financièrement les communes rurales qui optent pour une gestion publique de l'eau et met à leur disposition le savoir-faire du Sydec, un syndicat départemental aux compétences techniques étoffées.

Aucun principe bafoué
Au fil des ans, les modalités d'intervention du Conseil général ont évolué, mais l'objectif est resté le même : abaisser le montant des factures. En novembre 2008, deux délibérations votées par l'assemblée départementale étaient inspirées par ce souci. Fidèle à son habitude, la Fédération professionnelle des entreprises de l'eau les avait attaquées en justice en invoquant leur caractère discriminatoire.
Si le tribunal administratif de Pau lui avait donné en partie gain de cause, la cour d'appel de Bordeaux l'a déboutée après avoir estimé qu'aucun des grands principes invoqués n'avait été bafoué. Qu'il s'agisse de la liberté des usagers devant un service public ou de la libre administration des collectivités locales. Selon les juges, ces deux délibérations répondent à l'intérêt général dans la mesure où elles visent à faire bénéficier les utilisateurs de tarifs moins élevés.

Les majors de l'eau n'ont pas été en mesure de contester l'étude réalisée à la fin de 2003 par la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt des Landes. Celle-ci montrait que le prix de l'eau était beaucoup plus élevé lorsque le service était affermé à un privé. « La différence des prestations accomplies par les régies et par les fermiers n'est pas de nature à priver de signification la comparaison entre les tarifs pratiqués », soulignent d'ailleurs les magistrats de la cour administrative.

Le privé recule
En 2006, un sénateur UMP du Massif central, vraisemblablement sous influence, avait subrepticement glissé un amendement lors du vote de la loi sur l'eau. Cette disposition interdisait aux collectivités compétentes en la matière de faire varier leurs aides en fonction du mode de gestion retenu, public ou privé. On aurait voulu faire capoter l'expérience landaise qu'on ne s'y serait pas pris autrement.
En 2011, le Conseil constitutionnel a estimé que cet article était inconstitutionnel au motif qu'il portait atteinte à la libre administration des collectivités territoriales. Sans l'intervention des Sages, saisis dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité, il est probable que la cour administrative d'appel n'aurait pas donné raison au département des Landes, même si ce dernier a pris le soin de limiter les subventions allouées. Représentant entre 15 et 25 % des travaux et des études, elles sont en outre plafonnées et ne peuvent être affectées au financement de tous les investissements. Aux opérateurs privés qui les contestent, la cour administrative d'appel répond aujourd'hui que rien ne leur interdit d'en faire autant !

Après avoir longtemps fait la pluie et le beau temps, les multinationales de l'eau ne cessent désormais de reculer. Des villes aussi emblématiques que Paris ou Bordeaux ont opté pour le retour en régie. Ailleurs, la Lyonnaise, la Saur et Veolia concèdent des ristournes inimaginables il y a quelques années encore. À l'échelon national, où le privé gère près de 70 % de la distribution d'eau, le retrait n'est pas aussi spectaculaire que dans les Landes, où la proportion a été inversée. Mais les majors craignent manifestement que l'expérience initiée entre Adour et Leyre ne fasse tache… d'huile !

mardi 19 juin 2012

Les ONG sont autorisées à contester en justice les textes européens

Publié par : LE  MONDE
édition datée du 19 06 2012, Par Rémi Barroux

Derrière  des arguties juridiques et des termes techniques  complexes se cachent parfois des décisions aux  conséquences politiques importantes.
Ainsi,  l'arrêt de la Cour de justice européenne du  jeudi 14 juin, qui arbitre un litige entre la  Commission européenne et les associations de  défense de l'environnement Stichting Natuur en  Milieu, établie à Utrecht aux Pays-Bas, et  Pesticide Action Network Europe (PAN-Europe)  installée à Londres, établit que des ONG peuvent  requérir auprès de la Cour de justice  européenne. Ce que les textes et la  jurisprudence leur interdisaient  jusqu'alors.

Pour les défenseurs de  l'environnement, la nouvelle est excellente. "On  nous reconnaît le droit de contester des  décisions de la Commission européenne et de  saisir la Cour de justice", se félicite François  Veillerette, porte-parole de Générations futures  et président de PAN-Europe, réseau d'une  trentaine d'associations dans 19 pays, luttant  en particulier contre l'usage des  pesticides.

Pour Alexandre Faro, avocat  de Générations futures, "cette décision est très  importante et va ouvrir un champ important de  recours". Ce que craint justement la Commission  européenne.

A l'origine de l'affaire, les  deux associations avaient demandé en 2008 le  réexamen d'un règlement qui permettait un  assouplissement considérable des normes  relatives aux résidus de pesticides dans les  aliments. La Commission européenne n'avait pas  revu le texte, déniant aux ONG le droit de  demander ce réexamen au titre que seuls les  actes de "portée individuelle" pouvaient faire  l'objet d'une requête.

LA BRÈCHE EST  ENFIN OUVERTE

En clair, explique un  conseiller juridique de la Commission  européenne, "cela signifie que pour les  pesticides, si tout le monde est concerné, seul  celui qui est touché personnellement peut  contester un assouplissement des normes". Aucune  organisation ne pouvait donc, selon  l'interprétation en vigueur, se prévaloir de la  défense de l'intérêt général pour ester en  justice.

Au c˛ur de la bataille juridique  se trouvent deux textes : la convention  d'Aarhus, du 25 juin 1998, qui établit notamment  les conditions de recours à la justice en  matière de législation environnementale, et le  règlement du Parlement européen et du Conseil,  de septembre 2006.

Le 14 juin, la Cour de  justice européenne est revenue sur  l'interprétation par la Commission de la  convention d'Aarhus, jugée trop restrictive. Le  tribunal, composé de trois juges, a décidé que  les décisions de la Commission de considérer  comme irrecevables les demandes de Stichting  Natuur en Milieu et PAN-Europe étaient  "annulées".

La Commission européenne n'a  pas encore décidé si elle ferait appel de cet  arrêt. Elle a deux mois pour cela. "Quelle que  soit notre décision, il faudra envisager de  modifier le règlement de 2006", expliquait un  conseiller à Bruxelles.

Pour Générations  futures et Alexandre Faro, la brèche est enfin  ouverte. Et les recours peuvent être lancés.  "Nous venons de déposer une nouvelle demande de  réexamen auprès de la Commission européenne  concernant la mise sur le marché du Métam  [utilisé comme nématicide, fongicide, herbicide  et insecticide pour plusieurs cultures], un  produit chimique qui présente une réelle  dangerosité", annonce l'avocat.

Une  demande que la Commission européenne va  désormais avoir du mal à ne pas prendre en  compte. 
 
 
 

vendredi 13 avril 2012

Les enjeux de l'eau et les collectivités territoriales.

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A. Garrigues | Dossiers d'actualité | Publié le 20/02/2012
La gestion de l'eau est en pleine effervescence. Elle ne limite plus à traiter et distribuer de l'eau potable d'un côté, récupérer des eaux usées et les épurer de l'autre : la prise en compte du milieu naturel est désormais fondamentale et oblige les collectivités à prendre en compte une multiplicité d'enjeux, qui tiennent à la fois à la place de l'eau dans la ville, à son impact sur les milieux naturels et sur la santé humaine, et à la prévention des pollutions liées aux activités humaines.
Alors que pendant de nombreuses années les collectivités ont eu tendance à se dessaisir de la gestion de l’eau et de l’assainissement et à la déléguer aux entreprises privées, on assiste depuis plusieurs années à une montée en puissance de cette thématique et des enjeux politiques qui y sont associés.
Pour certaines collectivités, il est fondamental de gérer ce service en régie publique, pour d’autres, il s’agit d’assurer un contrôle plus poussé des entreprises délégataires, avec dans les deux cas la volonté de faire baisser le prix de la facture d’eau pour les usagers et d’apporter une aide spécifique aux ménages défavorisés.

Le grand cycle de l’eau
Pourtant, la gestion de l’eau s’est considérablement élargie au fil du temps et son coût ne va aller qu’en augmentant, alors que les volumes d’eau consommés – sur lesquels sont assises les recettes des services – sont en baisse constante.
Les collectivités territoriales ne peuvent plus se limiter au « petit cycle de l’eau », qui fait référence aux réseaux et aux usines d’eau et d’assainissement, mais doivent désormais s’intéresser au « grand cycle de l’eau », qui prend en compte le milieu naturel et la qualité de la ressource en eau.

Vers une gestion intégrée de l’eau
Ainsi, plutôt que de mener des actions curatives – en collectant et traitant les eaux usées -, l’heure est à une gestion plus intégrée de l’eau et aux actions préventives, afin d’empêcher ou tout du moins de réduire les pollutions environnementales.
Cela concerne également une meilleur prise en compte des eaux pluviales qui doit aller vers une gestion de l’eau à la parcelle : plutôt que de construire de gigantesques bassins de stockage et réseaux pour gérer ces flux, il est préférable d’implanter localement des dispositifs d’infiltration de ces eaux ou de récupération et réutilisation.
Une enveloppe de 13,8 milliards d’euros - Les 10e programmes des agences de l’eau qui vont être définis par un long processus échelonné sur l’année 2012 vont acter ces évolutions.
Elaborés dans chacun des six bassins hydrographiques métropolitains ainsi que dans ceux d’Outre-mer, ces programmes vont soutenir les politiques publiques avec une enveloppe de 13,8 milliards d’euros étalée sur la période 2012-2017. Un montant qui a d’ailleurs été plafonné dans le cadre de la loi de finances pour 2012 [1], rigueur budgétaire oblige.

samedi 24 mars 2012

La France assouplit l'interdiction de pulvériser des pesticides par voie aérienne

Publié par : LE MONDE
Le : 23.03.2012
Par Martine Valo

En principe, l'épandage aérien de pesticides est interdit en France. En principe seulement, car la circulaire du ministère de l'agriculture,
publiée très discrètement le 5 mars, introduit de nombreuses exceptions. Intitulé "Liste des produits phytopharmaceutiques autorisés ou en cours d'évaluation pour les traitements paraéronefs", ce texte, "à diffusion limitée" et que Le Monde s'est procuré, fournit aux directions régionales et départementales de l'agriculture, aux directions des populations, auxservices vétérinaires, la possibilité de délivrer des dérogations pour toute une série de fongicides, herbicides, insecticides destinés à traiter le maïs, le riz, la vigne et les bananiers.

La circulaire risque de passer pour un feu vert et présagerait alors des conflits probables entre commanditaires de l'épandage, cultivateurs bio, apiculteurs, riverains, comme ce fut le cas dans plusieurs régions en 2011.

La loi Grenelle II du 13 juillet 2010, qui, dans son article 103, interdit la pulvérisation de ce type de produits depuis un avion, un hélicoptère ou un ULM, comporte elle-même une part d'ambiguïté puisqu'elle prévoit des dérogations. Mais restreintes: lorsque cette pratique "présente des avantages manifestes pour la santé et l'environnement par rapport à une application terrestre", lorsqu'il faut agir en urgence face à un danger qui menace les plantes, les animaux, la santé humaine, ce mode d'intervention peut se justifier "dans des conditions strictement définies par l'autorité administrative pour une durée limitée" et après avis de plusieurs commissions compétentes en matière d'environnement.

"EFFETS GRAVES POUR LA SANTÉ"

La loi stipule en outre que lors des pulvérisations, l'opérateur doit respecter une distance minimale de sécurité de 50 mètres par rapport aux habitations, jardins, parcs, points d'eau, marais... La France avait par ailleurs renforcé son dispositif d'encadrement de l'usage des pesticides par épandage aérien en transposant, en juillet 2011, une directive européenne datant d'octobre 2009. La réglementation approuvée par les Vingt-Sept impose que les pesticides doivent être "expressément approuvés par l'Etat membre à la suite d'une évaluation spécifique des risques" qu'ils comportent.

La circulaire du 5 mars émanant de la direction générale de l'alimentation donne la liste de sept pesticides "autorisés", dans la mesure où ils ont été évalués par l'Agence nationale de sécurité
sanitaire de l'alimentation de l'environnement et du travail (Anses) spécifiquement pour être appliqués par voie aérienne. Il s'agit de quatre fongicides, d'un insecticide, un herbicide et un stimulateur de défenses naturelles utilisés dans la culture des bananes et du riz.

Six sont classés officiellement "dangereux pour l'environnement" et "nocif" sur le plantoxicologique. Le site Internet du ministère de l'agriculture recense quelques-unes de leurs caractéristiques: "risque d'effets graves pour la santé en cas d'exposition prolongée par ingestion", "très toxique pour les organismes aquatiques" au sujet du Sico par exemple; l'inhalation de vapeurs de Tilt - qui s'avère irritant pour les yeux et la peau - "peut provoquer somnolences et vertiges" et son ingestion "une atteinte des poumons"; le Gardian présente "des risques d'effets graves pour la santé en cas d'exposition prolongée par ingestion". Les autres (Bion 50 WG, Mimic LV, Amistar, Clincher) présentent le même genre de profil.

Le ministère fournit aussi une liste de seize pesticides dont le dossier a été déposé auprès de l'Anses à la fin de l'année 2011 ou qui devrait l'être d'ici au 31 mars et qui "peuvent en conséquence être intégrés dans les demandes de dérogation" formulées par les commanditaires de pulvérisation aérienne. S'agit-il de les autoriser avant même que l'Agence ne se penche su leur cas respectif ? Au ministère de l'agriculture, on assure qu'il n'en est pas question. N'empêche, l'administration semble soucieuse de ne pas faire perdre de temps aux agriculteurs convaincus par ce type d'épandage. Le texte prévoit que si l'évaluation des produits n'est pas terminée au 31 mars, date limite pour cette année, une dérogation pourra néanmoins être octroyée ultérieurement.

Il n'est en outre pas sûr que les experts de l'Anses aient eu le temps d'étudier dans le détail les spécificités des sept pesticides accrédités. Certains d'entre eux disposaient d'une autorisation de mise sur le marché ancienne, qui a bien vite été actualisée.

Martine Valo







mercredi 14 mars 2012

Libération; Eau: un forum en eau trouble

Le raout mondial qui débute aujourd‚hui à Marseille sert en grande part des intérêts privés.

L‚eau s‚offre un double raout à Marseille. Le «on», intitulé Forum mondial de l‚eau (FME), qui débute aujourd‚hui avec François Fillon en tête de gondole - Nicolas Sarkozy, un temps pressenti, a décliné ; le «off», Forum
alternatif mondial de l‚eau (Fame), qui a pris les devants ce week-end. Une dualité qui résume à merveille la querelle entre gestions privée et publique de l‚eau. Le FME, qui se déroule tous les trois ans depuis 1997, est organisé par le Conseil mondial de l‚eau, organisme privé piloté par Loïc Fauchon, président de la Société des eaux de Marseille, filiale de Veolia (après avoir longtemps été contrôlée à parité par Suez et Veolia, comme pour symboliser leur partage du marché). Il se tient au parc Chanot, centre de congrès dont la mairie de Marseille a délégué la gestion à Veolia.

Barnum. Le FME, qui va se pencher sur de très nobles questions comme «Eau et santé» ou «Eau et alimentation», est-il un simple barnum téléguidé en sous-main par Veolia ? Jean-Luc Touly, ancien syndicaliste maison qui milite depuis au côté de Danielle Mitterrand en faveur d‚une gestion publique de l‚eau, n‚est pas loin de le penser : «Cette foire commerciale ne répond pas aux urgences mondiales de l‚accès à l‚eau et l‚assainissement, dont la gouvernance est confisquée par des intérêts privés.» Le Conseil mondial de l‚eau a en effet été fondé par Suez et Veolia en partenariat avec le FMI et la Banque mondiale, ardents soutiens de la privatisation de la distribution d‚eau dans les pays du Sud.

Sous couvert d‚aide au développement (un milliard d‚êtres humains n‚ont pas accès à l‚eau, 2,7 milliards n‚ont pas de toilettes) l‚enjeu est crucial pour Suez et Veolia. Sur le marché français, le tandem a durement été condamné par le Conseil de la concurrence pour «oligopole restreint», en clair, entente. Et la Commission européenne vient d‚ouvrir une nouvelle enquête en début d‚année. Du coup, les deux géants se sont enfin lancés dans une guerre des prix, le second devant casser sa tirelire pour conserver le premier marché français de l‚eau, le Sédif, regroupant 144 communes de la région parisienne. Surtout, de nombreuses collectivités locales ont décidé de revenir en régie municipale pour la distribution d‚eau. A commencer par Paris, Bertrand Delanoë boutant Suez et Veolia hors de la capitale après qu‚ils y furent invités sous Jacques Chirac. Car, contrairement aux idées reçues, la gestion publique de l‚eau est moitié moins chère que celle du privé. Bref, l‚Hexagone n‚étant plus l‚Eldorado, cap sur l‚international !

«Urgent». Guy Fradin, vice-président du Forum mondial de l‚eau, se défend de toute arrière-pensée : «Le forum alternatif dénonce une marchandisation de l‚eau, mais personne ne défend cela. Le débat a été tranché : la compétence en matière d‚eau et d‚assainissement doit être publique.» Sa gestion, mais pas forcément sa distribution∑ Preuve de sa bonne foi, le FME invite les ONG à discuter en son sein : «Nous ouvrons un lieu de débat ouvert à tout le monde où rien n‚est tabou.» Mais à domicile. Certaines ONG ont accepté, la plupart ont préféré concocter leur Fame (lire ci-contre).

L‚Etat français et les collectivités locales ont mis sur la table 16 millions d‚euros pour financer le FME. Soit plus de la moitié de son budget, Suez et Veolia n‚y étant que pour 4 millions. Mais pas un centime pour le forum off, d‚où ce récent échange au Sénat, entre une élue d‚opposition et le gouvernement :

«Ce forum n‚est pas une émanation de l‚ONU mais un lieu d‚affaires privilégié pour les grandes multinationales. Il est urgent que l‚eau fasse l‚objet d‚une réappropriation citoyenne.

- Le forum permet au contraire de faire dialoguer toutes les parties prenantes : Etats, entreprises, salariés, ONG et citoyens. Nous ne pouvons que regretter l‚organisation de forums alternatifs qui ne pourront pas créer les conditions d‚un véritable débat.»

Avancer masqué n‚est pas toujours facile. En 2006, Suez et Veolia avaient créé un autre machin à l‚appellation sympathique, Fondation pour l‚agriculture et la ruralité dans le monde (Farm), en compagnie d‚autres grands mécènes comme le Crédit agricole, Limagrain et Carrefour. Son vice-président, l‚écrivain-voyageur Erik Orsenna, en avait tiré un sympathique ouvrage, l‚Avenir de l‚eau, petit précis de mondialisation, récit de ces pérégrinations chez les paysans du monde. Où il glisse subrepticement cette pensée : «Les entreprises françaises de l‚eau sont les premières au monde. La perte du contrat de Paris ne va pas faciliter la conquête de nouveaux marchés.» Avant de s‚en prendre bille en tête à Danielle Mitterrand et à certains altermondialistes.

Lundi 12 Mars 2012 - 08:16

Libération